Où la première orgie du Phalanstère connaît un succès fracassant
(La licorne est profondément assoupie dans le grand lit du demi-sous-sol quand elle est réveillée par un corps qui se glisse près d’elle, sous la couette.)
Moi — Mrrrmhhh ?
Blondine — (Embrassant la licorne dans le cou.) Alors, Messaline ? On s’est dévergondé jusqu’aux petites heures?
Moi — (Visage chiffonné et voix traînante.) Quelle heure est-il?
Blondine — Presque treize heures.
Moi — (S’étire.) Ouf. Je suis tombée comme une roche.
Blondine — Tu n’étais pas censée dormir à l’hôtel?
Moi — Oui, mais Mélodie, une fille du groupe, m’a finalement reconduit au demi-sous-sol. Il devait être… maille gode, quatre heures passées.
Blondine — Toi qui est si couche tôt !
Moi — Je me suis presque endormie dans la douche, c’est dire.
Blondine — J’en conclus que la première orgie du groupe fut une réussite…
Moi — Dans l’ensemble, oui. Tu aurais aimé.
Blondine — La prochaine fois, nous nous organiserons un peu plus à l’avance et nous aurons quelqu’un pour garder Liam.
Moi — C’est quand même fou d’avoir un si gros polycule et de ne pas réussir à trouver un gardien ou une gardienne.
Blondine — (Soupire.) C’est la croix que porte tous les parents, polyamoureux ou non.
Moi — Crois-moi, je vais remuer mer et monde pour que tu y sois la prochaine fois.
Blondine — Allez! Je veux entendre tous les détails salaces.
Moi — (S’assoit dans le lit et s’étire une seconde fois.) Je suis arrivée en premier à l’hôtel, avec Maël et Bill. Tu n’aurais pas cru à ça, on aurait dit que la suite que nous avons louée avait été conçue pour tenir des orgies! Tout était à aire ouverte – même la baignoire et la douche sont à la vue de toustes. Il y avait un gros fauteuil placé de façon à permette le voyeurisme pendant que quelqu’un fait ses ablutions.
Blondine — Je suis déjà allée dans des chalets arrangés comme ça. Je crois que c’est dans l’idée d’organiser des beuveries, mais bon… ça reste dans l’esprit dionysien de l’orgie, han…
Moi — Anywho. Toustes les participant·es sont arrivé·es quelques minutes plus tard. Tout le monde était à la fois fébrile et excité.
Blondine — J’en doute aucunement! Et je parie que tu as joué à la présidente d’assemblée.
Moi — Commited to the bit, comme disent les Amerloques.
Blondine — Et engagée face à la bite, aussi.
Moi — (Rigole.) Ah ça…
Blondine — Vous avez fait votre activité brise-glace ?
Moi — Avec le dildo de la parole. Plus ça avançait, plus ça nous démangeait de nous sauter dessus.
Blondine — J’imagine ! Ensuite ?
Moi — Ensuite, des sous-groupes se sont formés. Sur un des lits, sur un divan, sur le tapis… Moi, j’ai commencé sur le divan avec Mélodie, Greg et Alex. À la fin de la soirée, j’avais visité les muqueuses de toutes les personnes du groupe.
Blondine — Tu n’as pas chômé!
Moi — Deux double pénétrations, ma vieille.
Blondine — C’est à la hauteur de ta réputation. C’est un succès sur toute la ligne, si je comprends bien.
Moi — Il y a toutefois eu un petit incident.
Blondine — Ah?
Moi — Rien de bien grave, mais quand même.
Blondine — Qu’est-ce qui s’est passé?
Moi — Après nous être amusés sur le sofa, Greg nous a proposé de le suivre sur le deuxième lit. Nous l’avons donc suivi, Alex, Mélodie et moi. Nous étions quatre à rocker la casbah quand soudain, CRAC ! le lit casse en deux.
Blondine — Pour vrai ?
Moi — Oui. Sur le côté gauche du lit, la base a fendu et le matelas s’est effondré sur le plancher !
Blondine — HA HA HA HA HA !
Moi — C’est drôle de le raconter, mais sur le coup… alors que tu es en train de te faire pistonner solide…
Blondine — HA HA HA HA ! Ces messieurs ont dû débander instantanément.
Moi — Même pas! Nous avons tiré le matelas et l’avons placé sur la moquette, devant le foyer, puis nous avons repris là où on avait laissé.
Blondine — Un lit qui ne peut pas supporter quatre personnes, c’est fou.
Moi — Passe-moi mon cell, j’ai pris une photo.
(Blondine prend le téléphone sur la table de nuit et le donne à la licorne, qui scrolle quelque secondes et lui montre la photo.)

Blondine — Ce n’était pas d’une qualité à tout casser… si tu permets le jeu de mots involontaire.
Moi — Ça et aussi le fait que Mélodie est bien en chair. Ça n’a sûrement pas aidé.
Blondine — Je l’ai rencontrée, Mélodie. Ça n’explique pas qu’une base de lit brise comme ça.
Moi — C’est ce que nous nous sommes dit. Maël était un peu nerveuse, parce que c’est iel qui a mis la suite sur sa carte de crédit. Je vais d’ailleurs devoir l’appeler tout à l’heure pour savoir s’il y a des développements à ce sujet. Espérons que nous n’aurons pas à payer une pénalité.
Blondine — C’est pas comme si Keith Moon était passé par là.
Moi — Je sais, mais l’endroit est si chouette et le prix si raisonnable… ce serait bête qu’on soit mis sur la liste noire.
Blondine — Je suis sûre qu’ils ont des assurances pour ce genre de chose.
Moi — Peut-être. Toujours est-il qu’avec un lit en moins, j’ai décidé à la fin de la soirée d’aller dormir à la maison.
Blondine — ♪ How can we sleep ♬ while the beds ♩ are broken ♫
Moi — Midnight Oil juste après The Who… tu as quel âge, coudon?
Blondine — Juste assez âgée pour glisser ma tête entre tes cuisses, mommy.
Moi — (Soupire et tire les couvertures.) En position, gamine, avant que je ne sois all sexed out.
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